La cité durable et idéale (2)

Au début des années 2000, l’architecte urbaniste David Man­gin sortait « La Ville franchisée » analyse pertinente des métastases pé­riurbaines dont vous trouverez ici un résumé. Mangin l’affirme : ce « chaos » ne sort pas « de terre tout seul ». Il résulte au contraire « de rapports de forces politiques, de visions idéologiques, de cultures techniques », avec de sinistres  propagandistes tels que Le Corbusier.

Le résultat au bout de plusieurs décennies ? Un fractionnement de l’espace en ZUP et autres ZAC, l’automobile partout, du bitume à l’infini, et une France championne du monde… des hypermarchés à l’américaine !

Les néologismes éco-village et éco-quartiers semblent d’ailleurs l’expression d’un récent dégoût pour la ville et ses excès… avec le risque d’un repli communautariste comme le questionne ce porteur de projet lui-même ?

La cité idéale (1)

Le sujet est excessivement vaste ! Mille approches sont envisageables. Il intéresse depuis des millénaires religions, philosophes, chefs de guerre et autres bâtisseurs d’empires, et toute l’humanité lorsqu’elle cherche une solution collective aux difficultés de la vie, aux dangers qui la menacent et aux aspirations  qui l’animent.

Voici par exemple l’approche proposée par Patrice Cambronne, lors d’une conférence donnée à Bordeaux en 2005-2006, que nous venons de découvrir et que nous rajoutons ici : la cité idéale stoïcienne. Un espoir, un mythe ?

Plus concrètement, on s’intéressera au fameux plan hippodamien qui servira de modèle de l’Antiquité jusque dans les bastides du Moyen-Age : ce plan rappelle l’importance de la géométrie dans les civilisations humaines, sans doute par soucis d’efficacité, de rationalité, d’esthétique mais aussi pour des raisons symboliques, comme une façon à la fois de s’opposer à l’apparent chaos de la nature et de consolider l’ordre politique en place !  C’est un plan qui défini déjà des espaces bien définis, pour des fonctions bien définies (sacrée, publique, privée…) que chaque époque trouvera à adapter à l’idéologie du moment… notamment hélas par l’identification et la séparation des individus en différentes classes sociales !

Les nouvelles cités créées ex nihilo au cours des derniers siècles verront monter peu à peu les préoccupations sociales et environnementales.  Quelques exemples piochés ici ou là : Chaux (projet de l’architecte Ledoux), Philadelphie (fondée par le quaker William Penne).

Dans la foulée des idées socialistes et des phalanstères de Fourier, apparaissent les cité-jardin (Stains, Watermael-Boitsfort…) sorte de refuges (paternaliste ?) contre la dureté du système.

On pourra être tenté d’y opposer l’expression villes-nouvelles porteuses d’une foi aveugle en la modernité et d’une volonté d’intégration et de mobilisation des masses (laborieuses !). Dans la version française des « grands-ensembles » on s’y soucis beaucoup moins de nature que d’espace. Le début du 20ème siècle a vu d’ailleurs apparaitre la notion d’urbanisme, synonyme d’exigence scientifique et d’approche industrielle.

Dès la fin du 19ème siècle, la tour Eiffel avait montré la voie de la verticalité. Elle devient depuis l’obsession grandissante de beaucoup d’architectes, urbanistes et responsables politiques ! L’arcologie, terme inventé par l’architecte Paolo Soreli (décédé en 2013) prétend ainsi créer des villes écologiques par l’édification de très hautes tours végétalisées.  Les œuvres de sciences fiction affectionnent naturellement ce genre de délire mégalo (littérature cyberpunk…).

Pas sûr en revanche que l’humain ou l’écologie y trouvent leur compte.  Car si le but est de nous sortir au plus vite du cauchemar qu’est devenu la ville moderne, les projets actuels les plus futuristes (Dubaï, Pudong) semblent au contraire nous y plonger toujours plus loin !

Pour aborder ce sujet, on lira aussi avec profit, le site suisse « MOINS », notamment cet article sur la densification urbaine pour stopper l’étalement urbain. Y est abordée notamment la question de la verticalité :  les hautes tours ? Un désastre énergétique, un « écœurant gâchis de matériaux non écologiques » (acier, béton).